Quand une marque chinoise apparaît en Europe, il y a souvent des réflexes très prévisibles. Beaucoup pensent encore d'abord à de la camelote en conteneur bon marché, à du commerce rapide, à un service après-vente douteux, à un « on verra bien combien de temps elle tiendra ». C'est justement de cela que j'ai discuté intensément avec Robert : « La plus grande erreur d'appréciation à propos de NIU est de croire qu'il s'agit exactement de ce commerce classique du type hit-and-run. C'est-à-dire jeter des produits, les vendre en ligne, et si des problèmes surviennent plus tard, personne n'est responsable. » Robert voit les choses tout autrement : NIU aurait très vite compris qu'on ne peut pas construire sérieusement des marchés européens si on ne les sert qu'accessoirement. C'est pourquoi l'entreprise aurait créé ses propres filiales dans les pays les plus importants, mis en place ses propres équipes et installé également en Chine des équipes dédiées travaillant exclusivement pour l'Europe. Les produits destinés à l'Europe ne seraient pas de simples « produits résiduels » d'une grande série chinoise, mais des véhicules gérés de manière autonome et pensés pour ce marché.
Cela correspond aussi à mon impression. On parle avec des employés chinois qui parlent un anglais parfait, parfois enracinés en Europe, mais en tout cas formés ici aussi. On trouve également des Européens à des postes décisifs. Comme Robert, qui explique le marché européen à la direction chinoise de l'entreprise et aide à s'y implanter durablement.
Plus j'ai observé cette entreprise, moins elle m'a semblé être un fabricant de scooters classique. Bien sûr, NIU produit des véhicules. Bien sûr, c'est une entreprise de mobilité. Mais l'état d'esprit derrière tout cela m'a paru différent. Moins « nous avons un scooter et nous y ajoutons un peu d'électronique » – et plus « nous comprenons un véhicule électrique moderne et connecté comme une plateforme produit, et nous construisons autour un véhicule qui correspond à cette pensée ».
Ma perception est en grande partie confirmée par les documents officiels de NIU. On y parle à plusieurs reprises d'un état d'esprit technologique censé imprégner chaque produit depuis la fondation. De plus, NIU décrit sa structure autour de trois pôles : Pékin pour la stratégie, la marque et le pilotage global des ventes, Shanghai pour le design, l'UX et la tech intelligente, et Changzhou (où j'étais) comme super-usine, là où tout devient réel.
Cela ne ressemble pas à un romantisme classique du scooter, où l'on se perd dans les détails techniques et où l'on philosophe sur le design. Cela ressemble à une entreprise qui pense les véhicules avec la logique d'une entreprise technologique.